L'entreprise prend donc un crédit. Ce crédit doit lui permettre de réaliser l'investissement souhaité. Comment est rendue possible cette intermédiation? En réalité, la banque va d'une part collecter des ressources auprès de clients qui sont excédentaires, qui ont donc une capacité de financement et, d'autre part, accorder des prêts (on parle d'octroi de prêts) à des agents économiques qui sont eux déficitaires, qui ont donc un besoin de financement. La banque est donc à la fois débiteur et créancier.

D'après Gurley et Shaw, l'intermédiation implique en fait la création de deux dettes distinctes :

  • la dette primaire : c'est la dette de la banque à l'égard des épargnants, à l'égard des agents qui ont donc apporté des ressources
  • la dette secondaire : c'est la dette des emprunteurs à l'égard de la banque

La banque, lorsqu'elle réalise un prêt, va pour cela créer de la monnaie nouvelle : on parle dans ce cas d'une inscription en compte courant. Il s'agit donc là d'un financement monétaire. On le différencie du financement dit "non monétaire", qui lui est lié à des ressources préexistantes. Le financement non monétaire est avant tout caractéristique des marchés financiers. Les institutions financières non bancaires (quelques exemples : Sofinco, Cetelem, Crédit foncier…) ne vont, elles, pas créer la monnaie prêtée, mais vont en fait elles-mêmes emprunter pour pouvoir réaliser le prêt.

Pourquoi l'intermédiation bancaire ?

Qu'est-ce qui fait que les entreprises privilégient parfois la voie de l'intermédiation bancaire à celle des marchés de capitaux? Il est tout d'abord nécessaire de préciser que la banque offre à ses clients des services qui peuvent se révéler particulièrement utiles. Ainsi, elle met des coffres à disposition de ses clients (protection de l'épargne) ; elle fournit également des informations ; elle peut réaliser des opérations de gestion et de courtage des devises et des titres. La banque offre en définitive un cadre sécurisant aux agents économiques qui la sollicitent.

D'autre part, la banque résout un problème particulier : celui de la différence de vision entre investisseurs et épargnants. De quoi s'agit-il exactement? En fait, les investisseurs préfèrent en règle générale emprunter sur le long terme (au moins cinq à dix ans) tandis que les épargnants souhaitent eux généralement prêter à plus court terme. Ce phénomène est caractéristique de ce que John Maynard Keynes appelle la préférence pour la liquidité. Nous avons dit que la banque pouvait résoudre ce problème. En effet, la banque va créer de la monnaie pour les prêts à long terme et elle va ensuite se refinancer grâce aux dépôts "courts" des épargnants. Il y a cependant là un risque : si les dépôts diminuent, les entrées et les sorties de monnaie ne vont plus correspondre. On parle d'un risque d'illiquidité. C'est pour cela que la Banque centrale surveille particulièrement les institutions financières qui, comme les banques, ont un pouvoir de transformation.

Enfin, et c'est là le plus important, les banques permettent en quelque sorte de créer un lien logique entre le présent et le futur de l'entreprise. Ce lien se traduit par un mécanisme que nous allons maintenant vous décrire. L'investissement à crédit permet en fait de réaliser une production, laquelle doit déboucher sur des revenus. Ces revenus sont censés permettre la constitution d'une épargne, laquelle va permettre le remboursement du crédit. L'entreprise peut alors à nouveau, si elle le souhaite, investir. On parle habituellement ici de bouclage du circuit par la création monétaire.

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