Coldplay : critique de l'album Viva la Vida ...
Las de ne pas se reconnaître dans le reflet du miroir que leur tendait leur époque, pris en étau entre les midinettes et le fond de pension, il ne restait à Coldplay qu'une option viable: retenir son souffle, prendre son élan et foncer. Et après, on verrait bien.

C'est donc dans les meilleures dispositions que la formation entame sa collaboration avec l'immense Brian Eno : déstabilisé, humble, mais ambitieux.
Le résultat dépasse de loin tout ce que l'on pouvait attendre. Viva La Vida Or Death And All His Friends est le grand œuvre d'un groupe qui s'est surpassé et d'un musicien producteur à qui l'histoire du rock doit décidément une fière chandelle.
Eno n'est pas juste un type derrière des manettes, mais un formidable passeur, un prescripteur de curiosité qui, avant même d'entrer en studio, a simplement dressé pour Chris Martin et les siens une liste de disques à écouter, de films et d'expositions à voir. Bien se nourrir avant d'aller au charbon, c'est élémentaire, mais il fallait y penser. Coldplay récolte les fruits de cette méthode sur son quatrième album.
On y entend distinctement les influences et les citations (Arcade Fire, My Bloody Valentine, John Lennon, Radiohead, Velvet Undergound), mais elles sont toujours transcendées par une inspiration et un souffle inédits. Parcourues par un fourmillement d'idées magnifiques, les nouvelles chansons du groupe sont si puissantes, leur mise en son si originale, qu'elles semblent à la fois neuves et familières.
Les guitares de Cemetries Of London strient l'espace sans emphase ; les orgues de Lost! surplombent une rythmique impressionnante; les cordes somptueuses de Yes s'enroulent en arabesques sur un épais tapis de guitares.
Un travail particulier sur les choeurs donne au disque un aspect tribal: Eno a insisté pour que chacun chante et donne lui-même de la voix sur quasiment tous les morceaux. Sur Chinese Sleep Chant, les voix sont complètement en retrait, noyées sous une avalanche de guitares et une batterie roulante.
Une attention remarquable est portée aux rythmiques, avec des percussions très présentes. Des morceaux à tiroirs recèlent des mélodies brillantes, souvent portées par un piano irrésistible (les immenses Loyers In Japan et Viva La Vida).
On remarque aussi cette capacité nouvelle chez Coldplay à tenir en apesanteur, à broder sur des motifs répétitifs des chansons gracieuses (entrelacs d'arpèges de guitare électrique et de piano sur Reign Of Love, boucles entêtantes d'une guitare africaine sur l'extraordinaire Strawberry Swing).
Les ventes phénoménales de Viva La Vida Or Death And All His Friends ne sont pas uniquement un soulagement pour EMI, elles sont une bonne nouvelle pour notre époque.
La planète a besoin d'un grand groupe pop fédérateur, capable de produire des disques beaux, amples, populaires et ambitieux.
Qui d'autre que Coldplay?
Critique de VINCENT THÉVAL de MAGIC MAGAZINE
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